Sécurité OU liberté

Posté par Télémaque le 8 décembre 2008

Le loup et le chien

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin.  »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.  »
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
- Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.  »
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Jean de la Fontaine Fables

L’avantage des fables, et surtout celles de La Fontaine, c’est qu’elles disent beaucoup en peu de mots et de jolie manière. Par conséquent, elles épargnent aux blogueurs, et à leurs lecteurs, de trop longs commentaires…

Juste deux mots, quand même. Cette fable, que m’a rappelé l’Amiral Woland,  est d’une actualité surprenante. Un auteur du XVIIème siècle peint et décrit avec la plus grande simplicité ce que des intellectuels d’aujourd’hui peinent à mettre en ordre et à faire comprendre. On nous fait miroiter ce qu’une vie tranquille, sans souci du lendemain, a d’alléchant, comme le chien au loup. Comme le chien, on nous dit qu’on aura la « sécurité de l’emploi », « la sécurité sociale », que tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais comme le chien, on oublie de nous dire qu’on aura un cerclage de fer autour du cou. 

De même que l’égalité se fait au détriment de la liberté, de même la sécurité conquiert le territoire de la liberté. C’est que la liberté s’accommode fort mal des idéologies. C’est une femme difficile, qui refuse ceux que l’on veut lui imposer. Mais c’est aussi une femme faible. Facile à violer, mais difficile à conquérir.

De nos jours, où la liberté est enterrée avec de moins en moins d’hypocrisie (vous aurez noté que dans les médias, discours politiques, etc… le mot de liberté n’apparaît presque plus¹), deux mots ont émergé du magma officiel: « sécurité » et « social » (ou « solidarité »). Ce n’est pas difficile, toute nouvelle mesure, toute justification de nouvelle loi est affublé de l’un ou l’autre de ces mots. Des exemples? « pour votre santé (= sécurité du corps) www.mangerbouger.fr », « pour votre sécurité, contrôle automatique », etc… Ce dernier exemple est vraiment abérrant! Il serait plus juste de dire: « pour vous racketer, prélèvement automatique! ». Notons aussi la loi sur le tabagisme, et une foule d’autres. Pour le mot « social », pas un seul nouvel impôt n’échappe à cette dénomination, pas même la TVA sociale! Staline ne fut pas un fin politique; pour justifier ses actes, il aurait dû prendre le slogan suivant: « pour votre sécurité, goulag social »! Et Hitler: « Pour votre sécurité, extermination sociale des Juifs ». 

D’ailleurs, pour ce qui concerne Staline, malheureusement, je me trompe… Car il a dans les faits employé, pour le sens en tout cas, ce slogan! Et ça a marché! Ca a marché, puisqu’encore aujourd’hui les communistes jouissent de la bienveillance de la société! Au nom de quoi Staline a-t-il fait tout ce qu’il a fait? Au nom du « social » et de la « solidarité ». Et ces mots ont fait passer l’énormité de ses actes. Alors, lorsque je dis qu’Hitler aurait dû prendre un autre slogan, je ne suis pas sûr de plaisanter…

Et, bien entendu, on ne tire pas les leçons de l’Histoire… mais, au fait, de quelle histoire? De l’histoire revue et corrigée par les Rouges et les Roses? De l’histoire officielle qu’on apprend dans les écoles? « Mais si papa, je tire les leçons de l’Histoire, quand je dis que c’est bien ce que fait le gouvernement. Parce que tu vois, il fait comme Staline, et Staline, a dit mon maître, il était pas gentil, mais il avait de bonnes idées… Donc, papa, tu vois, je tire les leçons de l’histoire: il faut garder les idées de Staline, mais sans Staline. »

Parce voilà, on tire les leçons d’une histoire, et non pas de l’Histoire. Vous aurez beau sculpter la bouse de toutes les manières, ça restera de la bouse. Ce qu’il faut, ce n’est pas changer de figurine bouseuse, c’est changer de matière première! Or on nous joue depuis plusieurs décennies, des variations autour d’un même thème, le thème de la gauche! Et l’on croit qu’en variant ce thème, on va changer les choses. Mais assez de variations, changeons de thème! Troquons la bouse marxiste pour l’argile aristotélicienne!

« Social » et « sécurité », donc. Deux mots détestables dans leur sens actuel, c’est-à-dire « taxe » et « chaîne ». Deux mots qu’il faut savoir repérer. Deux mots qu’il faut fuir.  

Pour le loup, la liberté vaut plus qu’un trésor. Et pour l’homme?

 

¹Qu’un mot disparaisse du vocabulaire officiel, en soi, ne veut pas dire grand-chose; au contraire, cela peut être bon signe. Cela peut vouloir dire que la chose est tellement évidente qu’on n’a pas besoin d’en parler. A l’inverse, plus un mot est en usage, plus la réalité qui se cache derrière à tendance à se rétrécir. Aujourd’hui, malheureusement, le mot est tu, mais la réalité n’en est pas moins faible. 

2 Réponses à “Sécurité OU liberté”

  1. franchement c’est un point de vue que je n’aprouve pas totalement je ne suis pas vraiment politique la plus grosse source de conflits aprés la religion je suis socialiste sans vraiment savoir ce que ca veut dire suis-je un imbécile je ne sais pas mais quand je vois notre gouvernement actuel alors les yeux fermer je dit oui a la gauche

  2. Woland dit :

    @ Justequelquemots, forcement vous n’approuvez pas. Vous vous dites socialiste, grand bien vous fasse mais dans ce cas il vous faut assumer que pour vous l’egalite justifie la diminution de la liberte. C’est une position philosophique qui se tient mais souffrez qu’on ne soit pas de votre avis et qu’on puisse avoir d’autres aspirations.

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