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Posté par Télémaque le 27 août 2009

 

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Nouvelle pensée de Marc-Aurèle

Posté par Télémaque le 1 octobre 2009

La soixante-huitième du livre VIII :

“Les hommes sont faits les uns pour les autres ; instruis-les donc ou supporte-les.”

D'ordinaire, on dit de deux époux, à la rigueur de deux amis, qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Mais pas des hommes en général. Cette idée résume toute l'antiquité, une civilisation de la fraternité, de la philanthropie, qui fonde tout sur le rapport des hommes entre eux, de la famille à la patrie. Pas d'individualité. Pas d'égocentrisme. Mais pas non plus de collectivité magmatique dans laquelle la personne n'est rien. De fait, qu'écrit Marc-Aurèle ? Ce sont des pensées, rédigées à la deuxième personne, pour lui-même. Qu'écrit Sénèque ? Des lettres destinées à une personne, Lucilius. Réelle ou fictive, peu importe : ce qui compte, c'est le “tu”, un “tu” peut-être universel, mais que chacun peut faire sien. A travers ce tutoiement Marc-Aurèle, tout comme Sénèque, lient fortement la personnalité d'un seul homme, avec celle de tous les hommes. On pourrait faire leur la devise des mousquetaires : “tous pour un, et un pour tous”.

La société individualiste ne garde que la première partie de cette devise. L'individu étant le centre du monde, il considère, plus ou moins consciemment, les autres en tant qu'ils peuvent être à son service ou lui être utile. Tous, id est l'ensemble de la société, n'ont de valeur que parce qu'ils peuvent m'apporter quelque chose.

La société communiste, elle, ne conserve que la seconde partie : “un pour tous”. Autrement dit, l'individu ne vaut rien en tant que personnalité, mais il n'existe que par le groupe. C'est pourquoi cette idéologie ne répugne pas au meurtre : qu'importe qu'on tue si l'ensemble de la société n'en subit aucun dommage. Dans les faits, qui sont bien plus terre à terre, le communisme n'est qu'un instrument qui permet à certains d'assouvir leur soif d'ambition, ou de destruction (par haine, envie ou frustration).

La société antique, elle, ne sacrifie pas l'individu sur l'autel du groupe, ni l'inverse. L'essentiel est la famille, et la patrie. Mais l'essentiel, c'est aussi les hommes qui composent cette patrie. Cette réflexion est surtout vraie à Rome, un peu moins en Grèce peut-être. Les Romains ont donc su trouver un équilibre entre la patrie (le tout) et la partie (la personne). Et cet équilibre, c'est le sens du devoir. Du devoir envers l'autre, et du devoir envers soi-même. Ce sens du devoir, pour un Ancien, conduit à la justice, et la justice donne directement sur le Bien.

Les hommes sont faits les uns pour les autres, cela signifie qu'ils sont faits pour vivre en communauté (en cela, Marc-Aurèle est l'héritier direct des Grecs, dont Aristote) par nature, qu'ils ont été créés tels, et que ce n'est pas par le hasard ou par la force des choses qu'ils ont été conduits à s'unir, ainsi que le penseront plus tard Hobbes et dans une certaine mesure Rousseau. De cela découle le fait que l'homme ne peut pas ne pas vivre sans les autres. Alors de deux choses l'une : soit on décide de les instruire, afin de rendre la cohabitation moins difficile, soit… on les supporte. Mais Marc-Aurèle n'envisage pas de s'en séparer. C'est d'ailleurs pour cette raison que les Anciens ne voyaient pas d'un bon oeil les ermites et autres solitaires. Faire sécession, se “retirer du monde”, voilà qui ne sont certes pas des solutions, voilà même qui est contre-nature (puisque la nature de l'homme est de vivre en société). Il faut donc supporter… ou instruire.

On remarque ici l'importance accordée à l'instruction. Pour Marc-Aurèle, instruire est l'équivalent de civiliser, c'est-à-dire de rendre quelqu'un à même de respecter son prochain en adoucissant son comportement et en élevant son sens moral. Car c'est cela, entre autre, la morale : agir de telle façon qu'il ne soit porté préjudice à personne, à sa propre personne comme à celle des autres, ce qui est la condition du bonheur de chacun. Si l'instruction est si importante, c'est parce qu'elle est liée au bonheur. De même que plus on a d'argent, plus on peut se procurer de choses, plus on est instruit, et plus on peut appréhender le monde dans lequel nous vivons, les hommes, soi-même. L'instruction n'est pas inutile, ce n'est pas simplement un vecteur d'ascension sociale, bien qu'on ne puisse nier qu'elle facilite cette ascension, c'est avant tout une arme indestructible pour contrer les énigmes et les vicissitudes de la vie.

Je voudrais enfin ajouter que cette vision de Marc-Aurèle, et plus généralement des Anciens, de la vie s'est d'une certaine façon perpétuée avec le christianisme. D'une certaine façon seulement ; car si cette religion prend en compte la personnalité de chacun, elle a tendance à ignorer le groupe, l'ensemble, la patrie. J'ai souvent eu l'occasion de le dire : la présence de Dieu, auquel chacun se réfère et qui est en dernière instance la seule entité valable, les autres hommes n'étant considérés qu'en tant qu'ils sont créatures de Dieu, masque et rompt la pure fraternité des hommes entre eux. Ce qu'on fait pour les hommes, en terme de générosité, en terme de bien, mais aussi de mal, c'est avant tout pour et à Dieu qu'on le fait. Le message christique est d'ailleurs clair : ce que vous faîtes au plus petit d'entre nous, c'est à moi que vous le faîtes. Être charitable sied au bon chrétien. Loin de moi cependant la tentation de rabaisser le christianisme à un pacte entre Dieu et les hommes (c'est plutôt le cas dans la religion juive, et dans l'Ancien Testament en général), et de réduire chaque action “bonne et généreuse” à une simple action d'intérêt personnelle (je fais le bien pour aller au Paradis), mais force est de constater que, selon moi, la présence de Dieu dévalorise le geste purement humaniste qui veut que l'on fasse le bien aux hommes avant toute chose, en tant qu'hommes et non pas en tant que créatures de Dieu. Cette assimilation du Christ aux hommes, donc de Dieu aux hommes, brouille la pure et vraie générosité.

Et c'est pour cela que je ne serai jamais chrétien, ni même monothéiste, que je ne me plierai jamais à cette idée selon laquelle on doit tout à un Dieu unique et bon, à cette idée que l'homme est un être avili par nature, et qui n'a d'intérêt qu'en tant qu'il est fils de Dieu, n'étant en lui-même qu'un pécheur de toute éternité, que je ne peux accepter cette sorte de démission des hommes face à leur propre destin, à leur propre tragédie, et donc à leur propre devoir (tout cela étant déterminé par Dieu) et qu'enfin et surtout l'homme ne soit que “fils de”. Il est tant qu'il grandisse, il est temps qu'il soit père. Voilà ce que je revendique pour l'homme : la paternité. La paternité de son existence. Je souhaite qu'il s'affranchisse de toute tutelle, si divine soit-elle. Je veux rendre à l'homme sa solitude, cette grande solitude… qu'il ne peut adoucir qu'avec ses prochains ! qu'il ne peut apprivoiser qu'avec la sagesse et la philosophie ! Non pas que je nie la divinité qui serait à l'origine de Tout, mais une divinité aussi insaisissable que celle des Stoïciens. Prions si nous voulons, mais prions comme on envoie une bouteille à la mer, ou une capsule dans l'espace : sans savoir si elle sera lu, et si elle l'est, sans savoir par qui elle est lue. Et peut-être aurons-nous un jour le plaisir d'avoir une réponse…

 

 

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Le secret de la vie

Posté par Télémaque le 30 septembre 2009

“Bienheureux celui qui, ayant appris à triompher de toutes les passions, met son énergie dans l'accomplissement des tâches qu'impose la vie sans s'inquiéter du résultat. Le but de ton effort doit être l'action et non ce qu'elle donnera. Ne sois pas de ceux qui, pour agir, ont besoin de ce stimulant : l'espoir de la récompense. Ne laisse pas tes jours s'écouler dans l'oisiveté. Sois laborieux, accomplis ton devoir, sans te soucier des conséquences, du résultat bon ou mauvais ; cette indifférence ramènera ton attention vers les considérations spirituelles. Cherche un refuge dans la sagesse seule, car s'attacher aux résultats est cause de malheur et de misère. Le vrai sage ne s'occupe de ce qui est bon ou mauvais dans ce monde. Raisonne toujours en ce sens : c'est le secret de la vie.”

Ludwig van Beethoven Carnets intimes

 

Réflexion étonnante, qui amène à dire que le sage agit sans se poser la question du bon ou du mauvais. A la fois cela est propre au romantique pour qui le malheur peut être source d'inspiration et donner à la vie une plus grande intensité, et cela préfigure également Nietzsche, d'une certaine façon, lui qui intitulera plus tard un de ces ouvrages Par delà bien et mal. C'est très allemand, en tout cas. 

En revanche, on retrouve la pensée grecque dans le fait qu'une action accomplie pour elle-même est plus noble qu'une action accomplie en vue d'autre chose. C'est ici une praxispraxis par excellence, puisqu'il ne se soucie même pas de savoir si elle amène au bien ou au mal. que Beethoven recommande, et peut-être même la

Le fond de cette pensée, quoiqu'on en pense, reste vrai : agir selon son devoir et pas selon la récompense escomptée.

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L’art de gouverner, par Fénelon…

Posté par Karl le 27 septembre 2009

“C'est merveilleusement gouverner que de choisir et d'appliquer selon leurs talents les gens qui gouvernent. Le suprême et le parfait gouvernement consiste à gouverner ceux qui gouvernent: il faut les observer, les éprouver, les modérer, les corriger, les animer, les élever, les rabaisser, les changer de places, et les tenir toujours dans la main.

Vouloir examiner tout par soi-même, c'est défiance, c'est petitesse, c'est une jalousie pour les détails médiocres qui consument le temps et la liberté d'esprit nécessaires pour les grandes choses. Pour former de grands desseins, il faut avoir l'esprit libre et reposé; il faut penser à son aise, dans un entier dégagement de toutes les expéditions d'affaires épineuses. Un esprit épuisé par le détail est comme la lie du vin, qui n'a plus ni force ni délicatesse. Ceux qui gouvernent par le détail sont toujours déterminés par le présent, sans étendre leurs vues sur un avenir éloigné: ils sont toujours entraînés par l'affaire du jour où ils sont, et, cette affaire étant seule à les occuper, elle les frappe trop, elle rétrécit leur esprit; car on ne juge sainement des affaires que quand on les compare toutes ensemble et qu'on les place toutes dans un certain ordre, afin qu'elles aient de la suite et de la proportion. Manquer à suivre cette règle dans le gouvernement, c'est ressembler à un musicien qui se contenterait de trouver des sons harmonieux et qui ne se mettrait point en peine de les unir et de les accorder pour en composer une musique douce et touchante. C'est ressembler aussi à un architecte qui croit avoir tout fait pourvu qu'il assemble de grandes colonnes et beaucoup de pierres bien taillées, sans penser à l'ordre et à la proportion des ornements de son édifice. Dans le temps qu'il fait un salon, il ne prévoit pas qu'il faudra faire un escalier convenable; quand il travaille au corps du bâtiment, il ne songe ni à la cour, ni au portail. Son ouvrage n'est qu'un assemblage confus de parties magnifiques, qui ne sont point faites les unes pour les autres: cet ouvrage, loin de lui faire honneur, est un monument qui éternisera sa honte; car l'ouvrage fait voir que l'ouvrier n'a pas su penser avec assez d'étendue pour concevoir à la fois le dessein général de tout son ouvrage; c'est un caractère d'esprit court et subalterne. Quand on est né avec ce génie borné au détail, on n'est propre qu'à exécuter sous autrui. N'en doutez pas, ô mon cher Télémaque, le gouvernement d'un royaume demande une certaine harmonie, comme la musique, et de justes proportions, comme l'architecture.

Si vous voulez que je me serve encore de la comparaison de ces arts, je vous ferai entendre combien les hommes qui gouvernent par le détail sont médiocres. Celui qui, dans un concert, ne chante que certaines choses, quoiqu'il les chante parfaitement, n'est qu'un chanteur; celui qui conduit tout le concert et qui en règle à la fois toutes les parties est le seul maître de musique. Tout de même celui qui taille les colonnes, ou qui élève un côté d'un bâtiment, n'est qu'un maçon; mais celui qui a pensé tout l'édifice et qui en a toutes les proportions dans sa tête est le seul architecte. Ainsi ceux qui travaillent, qui expédient, qui font le plus d'affaires sont ceux qui gouvernent le moins; ils ne sont que les ouvriers subalternes. Le vrai génie qui conduit l'Etat, est celui qui, ne faisant rien, fait tout faire, qui pense, qui invente, qui pénètre dans l'avenir, qui retourne dans le passé; qui arrange, qui proportionne, qui prépare de loin; qui se raidit sans cesse pour lutter contre la fortune, comme un nageur contre le torrent de l'eau; qui est attentif nuit et jour pour ne laisser rien au hasard. Croyez-vous, Télémaque, qu'un grand peintre travaille assidûment depuis le matin jusqu'au soir, pour expédier plus promptement ses ouvrages? Non; cette gêne et ce travail servile éteindraient tout le feu de son imagination; il ne travaillerait plus de génie: il faut que tout se fasse irrégulièrement et par saillies, suivant que son goût le mène et que son esprit l'excite. Croyez-vous qu'il passe son temps à broyer des couleurs et à préparer des pinceaux? Non, c'est l'occupation de ses élèves. Il se réserve le soin de penser; il ne songe qu'à faire des traits hardis qui donnent de la noblesse, de la vie et de la passion à ses figures. Il a dans la tête les pensées et les sentiments des héros qu'il veut représenter; il se transporte dans leurs siècles et dans toutes les circonstances où ils ont été. A cette espèce d'enthousiasme il faut qu'il joigne une sagesse qui le retienne, que tout soit vrai, correct, et proportionné l'un à l'autre. Croyez-vous, Télémaque, qu'il faille moins d'élévation, de génie et d'effort de pensée pour faire un grand roi que pour faire un bon peintre? Concluez donc que l'occupation d'un roi doit être de penser, de former de grands projets et de choisir les hommes propres à les exécuter sous lui.”

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Annonce 2

Posté par Télémaque le 26 septembre 2009

Nous avons refondu notre rubrique Liens. Elle se trouve désormais dans la barre supérieure, comme une page. Cela nous a permis d'étoffer ces liens. 

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Annonce

Posté par Télémaque le 25 septembre 2009

Chers lecteurs, chers “parcoureurs d'un coup d'oeil avant d'aller ailleurs”,

Peut-être ne vous a-t-il pas échappé que lorsque l'on tape le nom actuel de notre site, à savoir Loxias, dans un quelconque moteur de recherche (dont je tairai les noms ridicules), nous sommes devancés par d'autres.

Ce qui est proprement inadmissible.

Et cela, pour plusieurs raisons. D'abord, parce que ce qu'on croyait original apparaît tout à coup comme, sinon banal, du moins d'une originalité douteuse. De fait, un certains nombre de personnes se targuent d'être cultivés, et se permettent d'employer des termes rares. Mais soyons honnête : Loxias est le titre d'une revue littéraire, et d'un blog de photographe, ce qui dans les deux cas ne constitue pas une usurpation du mot. Non, la principale raison, la voici : nous nous sommes faits passer devant, l'idée était déjà prise. Si néanmoins nous avons persisté quelques temps, c'était pour éviter de paraître trop versatile.

C'est que Loxias est le troisième nom du site, le premier ayant été La Voix du Temps, et le second Valeurs Eternelles. Dans un cas, c'était abstrait sans être vraiment significatif, et dans l'autre, trop proche de Valeurs actuelles (à l'origine de ce nom, d'ailleurs), et un peu pompeux. Quant à Loxias, c'est déjà pris.

Nous avions choisi ce nom en décembre. Nous n'avons pas osé le changer trop rapidement. Ajoutons que si nous cherchons le nom du site, ce n'est pas tant par versatilité que par volonté de trouver le meilleur possible.

Et c'est ainsi que nous proposons un nouveau nom, encore plus mystérieux que les autres, franchement personnel et inactuel, flaubertien pour tout dire, à savoir “L'Opale de Bactriane”.

Pourquoi ? Parce que nous l'avons rencontré au hasard d'un livre; ce livre, c'était Salammbô de Flaubert ; parce que la sonorité de ce nom nous a tout de suite séduit, parce que les vertus qui lui sont prêtées sont celles de l'anti-avortement, et que ce qui empêche d'avorter empêche de mourir, donne naissance, mène à la vie ; enfin, parce que l'opale de Bactriane est une pierre qui n'existe probablement que dans les illuminations de grands mystiques. 

Et si elle n'existe pas, c'est nous qui allons la créer. 

 

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Pour qu’on lise Platon (3)

Posté par Télémaque le 25 septembre 2009

Nous poursuivons la lecture d'Emile Faguet, académicien à l'aube du vingtième siècle, avec le deuxième chapitre (lire le chapitre I) de son ouvrage Pour qu'on lise Platon, destiné à redonner l'envie de lire le penseur grec à ses contemporains.

Ce chapitre est particulièrement intéressant et cadre tout à fait dans le propos de ce site en ce qu'il traite de la démocratie, de ces défauts et de ces éventuelles qualité. C'est un très bon résumé de la façon dont Platon pensait la démocratie, résumé qui apportera une eau précieuse au moulin de ceux qui se préoccupent de la question. Dès maintenant, mettons en exergue ces deux passages significatifs :

: « … chacun se croyant capable de juger de tout, cela produisit un esprit général d'indépendance; la bonne opinion de soi-même délivra chaque citoyen de toute crainte, et l'absence de crainte engendra l'impudence; et pousser l'audace jusqu'à ne pas craindre les jugements de ceux qui valent mieux que nous, c'est la pire espèce d'im­pudence; elle prend sa source dans un esprit effréné d'indépendance. A la suite de celle espèce d'indépendance vient celle qui se soustrait à l'au­torité des magistrats; de là on passe au mépris de la puissance paternelle; on na plus pour la vieil­lesse et pour ses avis la soumission requise. A mesure qu'on approche du terme de l'extrême li­berté, on arrive à secouer le joug des lois, et quand on est enfin arrivé à ce terme, on ne respecte ni ses promesses ni ses serments, on ne connaît plus de Dieux; on imite et l'on renouvelle l'audace des anciens Titans et l'on aboutit, comme eux, au supplice d'une existence affreuse qui n'est plus qu'un enchaînement de maux … »

“Il faut conclure de tout cela que la démocratie, si l'on en juge par l'exemple d'Athènes, est un assez mauvais état politique, puisque ses plus il­lustres chefs sont toujours par elle jugés mauvais, ce qui condamne eux ou elle, et en dernière ana­lyse elle toujours, étant clair que, si elle ne se trompe pas quand elle les renverse, c'est qu'elle s'était trompée quand elle les élut.”

Pour le reste, voici le programme :

  • La démocratie et l'incompétence
  • De l'incompétence à l'ignorance
  • De l'ignorance à l'impudence
  • Une objection en faveur de la démocratie
  • Une réponse de Platon en défaveur de la démocratie
  • Première conclusion sur la démocratie
  • Nouvelle objection : en démocratie, on n'obéit qu'à la loi
  • Réponse de Platon
  • Le problème de la Loi, selon qu'elle est immuable ou change tout le temps
  • Seconde conclusion sur la démocratie

Car la loi en prend également pour son grade. Bref, à lire si l'on veut de nouvelles armes pour penser en politique.

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Pour qu’on lise Platon (2)

Posté par Télémaque le 18 septembre 2009

Au menu, dans ce premier chapitre de l'ouvrage d'E. Faguet (lire la préface) :

  • Les Natures fortes et leur temps
  • Portrait intellectuel de Platon
  • Influence de la mort de Socrate sur Platon
  • Haine de Platon pour les Athéniens
  • Tare du peuple athénien (un exemple par une citation)

On savourera l'ironie de Platon au sujet de la présomption et de l'arbitraire des citoyens dans la démocratie.

 

 

 Chapitre 2 - Les haines de Platon : les Athéniens

 

“Les natures fortes subissent l'influence de leur temps tout comme les natures faibles. Seule­ment elles la subissent à contre-fil. Elles la su­bissent, non pour y céder, mais pour se révolter contre elles; ou plutôt, non pour s'y conformer, mais pour la bien connaître et pour s'en rendre compte, si bien qu'elles sont amenées à la cor­riger, à la redresser et à l'épurer.

Platon était un Athénien dans la pleine accep­tion du mot et dans la plus noble. Il était extrê­mement civilisé, extrêmement loin de ce que l'on se figure, sans se tromper évidemment beaucoup, comme la nature primitive. Il était de race noble, longtemps affinée de générations en générations; il était beau, à ce qu'on assure; il était artiste. Il avait reçu une éducation gymnastique et aussi « musicale », c'est-à-dire littéraire et artistique. Il avait fait des vers dans sa jeunesse, à ce que l'on a toujours affirmé, et en tout cas il s'était nourri, comme on le voit par ses œuvres, de tous les poètes grecs et par conséquent il avait dû faire des vers lui-même. Il était métaphysicien et avait lu, probablement dès sa jeunesse, tous les phi­losophes grecs des temps passés. Tout porte à croire qu'il avait eu une jeunesse, élégante et amoureuse, ce qui était presque un devoir de condition dans la classe à laquelle il appar­tenait. La complaisance avec laquelle il parle d'Alcibiade si souvent, indique qu'il l'avait pendant un assez long temps pris pour modèle.

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Pour qu’on lise Platon (1)

Posté par Télémaque le 14 septembre 2009

Voici un ouvrage publié en 1905 par Emile Faguet, critique français, de l'Académie française, destiné à redonner l'envie de lire Platon. Il est possible que nous publiions en intégralité ce livre qui ne fut pas réédité, et qui est donc très rare. Pourtant, il est très inactuel, et amusant par certains aspects. Plus jamais aujourd'hui vous ne retrouverez de telles remarques sur un penseur sacralisé (comme on a tendance à sacraliser tous les philosophes et auteurs), avec un tel style. C'est qu'au XIXème siècle et au début du XXème, le moindre critique était d'abord un littéraire, un écrivain. On accordait beaucoup moins d'importance à l'objectivité ou à l'impartialité, et les ouvrages étaient dénués de cette rigueur scientifique froide et implacable avec laquelle on approche un penseur ancien de nos jours (c'est pourquoi il y a presque plus de notes, de remarques, d'introductions, de préfaces, de bibliographie et autres apparats critiques que de texte en lui-même). Par exemple, il arrive qu'Emile Faguet cite des passages de Platon sans préciser de quelles oeuvres il les tire. Enfin, on constatera que l'humour est présent sous plusieurs formes, comme l'ironie bienveillante à l'égard de Platon ou à l'égard de l'auteur lui-même. Enfin, il est agréable de lire un livre qu'aucune bien-pensance ne gangrène.

Mais cet ouvrage a également sa raison d'être sur ce site, car l'on sait combien l'oeuvre de Platon est politique et se préoccupe de société. Chaque chapitre apportera, nous le verrons, de l'eau à notre moulin, et nous permettra d'enrichir

Pour cette première partie, nous présentons la préface d'E. Faguet à son livre. Tous les italiques sont en italiques dans le texte, de même que les crochets et autres signes diacritiques. Nous le présentons tel quel.


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Démocrite : dernière salve

Posté par Télémaque le 13 septembre 2009

On peut être d'accord avec certaines réflexions d'un Ancien, comme de n'importe qui, d'ailleurs, et en contester d'autres. C'est ici le cas. Si nous approuvions globalement les citations du penseur que nous avons publiées jusqu'à présent, en voici d'autres qui nous mettent mal à l'aise.

 

Il s'agit de deux thèmes : celui des femmes et celui des enfants. La misogynie de Démocrite peut même paraître primaire :

 

“Il ne faut pas que la femme exerce sa langue : c'est très dangereux.” (81)

 

“Recevoir des ordres d'une femme est le dernier outrage pour un homme.” (82)

 

“La femme est beaucoup plus prompte à la malveillance que l'homme”. (200)

 

“C'est un ornement pour la femme que de parler peu, et ce qui est encore plus beau en elle, c'est la simplicité dans la parure”. (201)

 

La dernière citation rachète un peu les autres, la discrétion et la simplicité chez une femme étant les bienvenues. Pour le reste, de deux choses l'une : soit Démocrite reprend à son compte une “certaine idée de la femme” courante à l'époque, soit il est mal tombé dans sa vie (et moi, bien tombé, alors). On voudrait épargner à Démocrite d'être un simple suiveur des lieux communs de son temps, ce qui déprécierait significativement le penseur, et ne s'accorderait d'ailleurs pas avec ses autres pensées. Alors on voudrait croire qu'il est mal tombé.

 

Toutefois, on peut se poser une question. Cette vision de la femme est, nous l'avons dit, courante en Grèce antique. Pourquoi ? On a tendance, surtout à notre époque, de remettre en cause le comportement des hommes des temps jadis vis-à-vis des femmes. Mais ne faudrait-il pas aussi remettre en cause le comportement des femmes ? On dit qu'il n'y a pas de fumée sans feu ; cette misogynie des Grecs à l'égard des femmes n'est-elle pas en partie due aux femmes elles-mêmes ? D'un autre côté, pourquoi les femmes auraient-elles tant changées ? A voir. Toujours est-il qu'à Rome, les femmes étaient bien plus considérées.

 

Le deuxième thème sonne encore plus faux. C'est malgré tout une pensée originale :

 

“Il n'est pas nécessaire, à mon avis, de procréer des enfants, car je vois dans la possession d'une progéniture de nombreux et grands dangers et beaucoup de soucis, tandis que les bienfaits en sont peu nombreux, menus et faibles”. (204)

 

“Celui qui éprouve le désir d'avoir un enfant fera mieux, à mon sens, de le choisir parmi ceux de ses amis. De cette façon, il pourra en avoir un comme il le souhaite, car son choix est entièrement libre. Et l'enfant qui paraît lui convenir aura pour lui, naturellement, l'attachement le plus vif. Il y a encore la différences suivante : tandis qu'en choisissant parmi plusieurs on peut trouver un enfant tel qu'on le désire, on s'expose, quand on en enfante un soi-même, à beaucoup de risques, car on est obligé de le prendre tel qu'il est.” (205)

 

“… choisir parmi ses amis”: réflexion profondément stupide. Si chacun raisonne comme ça, il n'y aura plus d'enfants du tout. Pensée égocentrique et étriquée.

 

Ces deux citations suffisent pour illustrer le danger pour l'humanité des pensées d'un athéisme primaire. Démocrite a d'ailleurs aujourd'hui de sinistres échos. Il dit ailleurs : “les hommes paraissent considérer la procréation comme une nécessité imposée par la nature et par un vieil ordre social”, puis il reconnaît que chez les animaux, c'est la même chose. Mais on note le vocabulaire : “paraissent”, “considérer”, “nécessité”, “imposée”. Autant de termes péjoratifs qui montrent le désaccord de Démocrite. Ce dernier est un penseur athée, qui pense tout par les atomes, et cela s'en ressent. Nous sommes touchés aujourd'hui par ce même matérialisme, au sens de culte de la Matière dénuée de toute spiritualité. C'est, à mon avis, dangereux.

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Agir plutôt que parler

Posté par Télémaque le 12 septembre 2009

Voici une nouvelle compilation des réflexions de Démocrite. Cette fois, il s'agit de dire que la parole n'est d'aucune valeur sans l'action.

 

“Beaucoup de gens, tout en commettant les plus honteuses actions, ne se gênent pas de débiter les plus beaux discours.” (23)

 

“Il faut s'appliquer avec zèle à agir conformément à la vertu et non pas faire des discours sur elle.” (25)

 

“La parole est l'ombre de l'action.” (88)

 

“Un excellent discours n'efface pas une mauvaise action, et une bonne action ne peut être souillée par la calomnie.” (104)

 

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Ne regarde pas…

Posté par Télémaque le 10 septembre 2009

... une femme se déshabiller

“Ne regarde pas tout le monde avec défiance, mais sois prudent et ferme.”

Démocrite 

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En conscience

Posté par Télémaque le 8 septembre 2009

Plusieurs réflexions de Démocrite sur le fait que faire le bien doit avant tout être moral, et non pas être une action faite par défaut, parce que le mal serait interdit. C'est donc la véritable morale que Démocrite dispense, alors qu'on a souvent l'impression que les Anciens encourageaient à faire le bien par pragmatisme, afin de rendre la société viable. Certaines de ces maximes font d'ailleurs penser aux préceptes chrétiens.

 

“Ce n'est pas par crainte mais par devoir qu'il faut s'abstenir de de commettre des actions coupables.” (11)

 

“Ce n'est pas encore une marque de bonté que de ne pas commettre l'injustice, il ne faut pas même en avoir l'intention.” (32)

 

“Ce n'est pas seulement à leurs actes, mais à leurs désirs, qu'on reconnaît l'homme estimable et l'homme vil.” (38)

 

“Celui qui commet une action honteuse doit avant tout rougir devant soi-même.” (54)

 

“Celui qui se sert de l'encouragement et des paroles persuasives pour former quelqu'un à la vertu, réussira manifestement mieux que celui qui met en oeuvre les lois et la contrainte. Car il est probable que celui qui s'abstient de commettre l'injustice parce que la loi le lui défend pêchera en cachette, tandis que celui qui a été conduit sur le chemin du devoir par la persuasion ne fera vraisemblablement rien de mauvais, ni en cachette, ni publiquement. C'est pourquoi celui qui agit bien avec conscience et en connaissance de cause est en même temps un homme résolu et équitable.” (108)

 

“Il faut éviter même de parler de choses viles.” (117)

 

“Il est pénible de lutter avec son coeur, mais la victoire dénote l'homme réfléchi.” (163)

 

“Garde-toi, même quand tu es seul, de dire ou de faire ce qui est mal, mais apprends à te sentir plus honteux devant toi-même que devant les autres.” (171)

 

“Il ne faut pas avoir plus honte devant les autres que devant soi-même, et il faut aussi peu faire le mal quand personne ne le voit que quand tout le monde le voit. C'est plutôt devant soi-même qu'il faut rougir le plus et graver cette loi dans son âme : ne fais rien d'inconvenant.” (191)

C'est un peu redondant, mais cela prouve à quel point cette idée est importante pour Démocrite.

(Toutes les citations sont tirées de l'édition de M. Solovine, 1928).

 

 

 

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Pour tous les Télémaque présents et à venir !

Posté par Karl le 7 septembre 2009

Avec les Aventures de Télémaque, Fénelon a l'ambitieux projet de continuer le chant IV de l'Odyssée. Le lecteur suit donc Télémaque à la recherche de son père, dans divers épisodes à rebondissements. Minerve l'accompagne, sous les traits de Mentor, pour l'aider dans sa recherche. Tout ce roman est une mise à l'épreuve de Télémaque, pour qu'il devienne un roi heureux, digne de succéder au grand Ulysse. Mais la route qui mène à la gloire est périlleuse et pleine d'embuches. Le principal ennemi que rencontre Télémaque sur sa route, celui contre qui il devra toujours lutter, nous découvrons peu à peu que c'est lui-même, qu'il combat non avec un art martial, mais pour l'amour des dieux et de la sagesse. Les expressions dans le roman qui s'y rapportent sont très nombreuses, avec de nombreuses modalités dans le rapport à soi, comme « se vaincre », « se défier de soi-même », « s'oublier soi-même », contrairement à « être entraîné », « être hors de soi » ; la louange est  par exemple sévèrement critiquée, elle « corrompt les hommes », pour ce motif qu'elle « les remplit d'eux-mêmes ». Pourquoi une telle méfiance ? Une injonction aussi inhumaine ?

Notre texte se trouve dans le quatorzième livre. Désespéré dans sa quête, imaginant qu'Ulysse n'est plus de ce monde, Télémaque descend aux Enfers. Alors que ce livre est plein de descriptions de beautés naturelles, de doux parfums et de chants mélodieux, on découvre avec lui que les Enfers sont un lieu terrible où règnent la souffrance, le bruit et la puanteur. On y voit d'abord les pires suppliciés de l'au-delà : les mauvais rois, qui ont consacré leur vie à punir et à se faire craindre de leur peuple. Puis viennent les hommes de condition privée, les hypocrites, les déréglés, les ingrats, les flatteurs. Au moment de quitter l'Enfer, Télémaque rencontre un cas apparemment tangent, très révélateur, pour comprendre la mise en garde continuelle de Fénelon contre le moi, et le véritable sens de la vertu :

Télémaque, voyant les trois juges qui étaient assis et qui condamnaient un homme, osa leur demander quels étaient ses crimes. Aussitôt le condamné, prenant la parole, s'écria :

« Je n'ai jamais fait aucun mal ; j'ai mis tout mon plaisir à faire du bien ; j'ai été magnifique, libéral, juste, compatissant ; que peut-on donc me reprocher ? »

Alors Minos lui dit :

« On ne te reproche rien à l'égard des hommes ; mais ne devais-tu pas moins aux hommes qu'aux dieux ? Quelle est donc cette justice dont tu te vantes ? Tu n'as manqué à aucun devoir envers les hommes, qui ne sont rien ; tu as été vertueux, mais tu as rapporté toute ta vertu à toi-même, et non aux dieux, qui te l'avaient donnée, car tu voulais jouir du fruit de ta propre vertu et te renfermer en toi-même : tu as été ta divinité. Mais les dieux, qui ont tout fait, et qui n'ont rien fait que pour eux-mêmes, ne peuvent renoncer à leurs droits ; tu les as oubliés, ils t'oublieront ; ils te livreront à toi-même, puisque tu as voulu être à toi et non pas à eux. Cherche donc, maintenant, si tu le peux, ta consolation dans ton propre cœur. Te voilà à jamais séparé des hommes auxquels tu as voulu plaire ; te voilà seul avec toi-même, qui étais ton idole ; apprends qu'il n'y a point de véritable vertu sans le respect et l'amour des dieux, à qui tout est dû. Ta fausse vertu, qui a longtemps ébloui les hommes faciles à tromper, va être confondue. Les hommes, ne jugeant des vices et des vertus que par ce qui les choque ou les accommode, sont aveugles et sur le bien et sur le mal. Ici, une lumière divine renverse tous leurs jugements superficiels ; elle condamne souvent ce qu'ils admirent et justifie ce qu'ils condamnent.

A ces mots, ce philosophe, comme frappé d'un coup de foudre, ne pouvait se supporter soi-même. La complaisance qu'il avait eue autrefois à contempler sa modération, son courage et ses inclinations généreuses, se change en désespoir. […] Les Furies ne le tourmentent point, parce qu'il leur suffit de l'avoir livré à lui-même, et que son propre cœur venge assez les dieux méprisés. Il cherche les lieux les plus sombres pour se cacher aux autres morts, ne pouvant se cacher à lui-même. Il cherche les ténèbres et ne peut les trouver ; une lumière importune le suit partout ; partout les rayons perçants de la vérité vont venger la vérité qu'il a négligé de suivre. »

« Bonus uero uir sine deo nemo est » disait aussi Sénèque (lettre à Lucilius 41, 2), suivant presque Saint Jean « sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5) !

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Quelque chose de grand

Posté par Télémaque le 6 septembre 2009

“C'est quelque chose de grand que d'accomplir ses devoirs dans l'infortune.”

Démocrite

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Théophraste contre Démocrite

Posté par Télémaque le 5 septembre 2009

L'ensemble d'extraits que nous allons voir est un bon exemple de la gigantomachie, ce “combat de géants” dont parle Platon à propos des philosophes ; c'est à ce formidable esprit de réflexions et de contre-réflexions, d'affirmation et de réfutation, de thèse et d'antithèse, que nous devons d'être ce que nous sommes, et qui déjà caractérisait les anciens Grecs.

Deux mots, tout d'abord, sur Démocrite et Théophraste (avec l'aide du Manuel des Etudes grecques et latines de L. Laurent). Démocrite est né vers 460 et mort, dit-on, à 103 ans. Il développa la pensée atomiste. Le plein et le vide sont les principes de toute choses. Le plein se divise en atomes, c'est-à-dire en parcelles indivisibles. A l'origine, les atomes sont entraînés par un mouvement vertical, mais légèrement déviant, ce qui les conduit à s'entrechoquer et à former des agrégats d'atomes, les choses du monde. Certains atomes sont ronds, d'autres sont crochus, anguleux, etc… Les mondes sont en nombre infini.

Théophraste est légèrement postérieur (372-287). Il fut le disciple de Platon puis d'Aristote. Il a publié de nombreux ouvrages traitant de la logique, de la métaphysique, de la morale, de la politique, des sciences naturelles, etc… Nous sont parvenus les Caractères, et quelques autres oeuvres.

Théophraste commence par présenter la thèse de Démocrite :

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Découverte

Posté par Télémaque le 5 septembre 2009

 

Un site à découvrir si vous ne le connaissez pas encore :

 

Diex Aïe 

 

diex.bmp

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Une vie sans fête…

Posté par Télémaque le 4 septembre 2009

 

“Une vie sans fête est une longue route sans auberge.”

 

Démocrite

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Autopsie de la France (I)

Posté par Télémaque le 3 septembre 2009

 

CHAPITRE I

 

Sécurité, égalité, solidarité

 

 

 

Voilà la nouvelle devise du régime politique qui sévit en France. Nous serions de fait bien en peine de vouloir définir ce régime. On y trouve un petit côté démocratique, puisque le peuple vote pour ses représentants, qui gouvernent à sa place, mais également un air de déjà vu dans les grandes steppes glacées de Sibérie, puisque ceux qui font le moindre écart par rapport au discours officiel se voient condamner d'une “fatwa citoyenne” (ils prétendent alors qu'ils ont juste perdu l'équilibre, qu'ils n'ont jamais voulu faire cet écart ; on le leur pardonne rarement : il faut apprendre à être funambule). La rupture de ce nouveau régime avec l'ancien est si subtile que les Français ne s'en aperçoivent pas. Il faut dire aussi que la myopie intellectuelle fait des ravages, et que les autorités proposent pour remède des pensées correctrices grossissantes et teintées de rouge (ou vert, nouvelle mode). C'est d'ailleurs cela le régime français : une vitre teintée démocratique derrière laquelle se cache quelque chose de pas très net.


A ce nouveau régime, il a fallu donner une nouvelle devise. On garde officiellement l'ancienne pour le décorum, parce qu'elle existe depuis longtemps, parce que c'est celle de 1789, et que 1789 marque le début de l'Histoire. Malgré tout, cette devise est vieux jeu. La liberté, ça va un temps, mais c'est quand même primitif. C'est l'opium du bourgeois. La fraternité, ce n'est pas mal, mais l'idée de parenté (frater) que le mot recèle est archaïque. C'est comme l'idée de patrie (pater). Il faut en finir avec les liens du sang. Tout cela, c'était bon pour la préhistoire (avant 1789). Quant à l'égalité, c'est le mot novateur qui laissait présager l'avenir. Il est important, il est central, et c'est pourquoi on l'a repris dans la nouvelle devise.

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Au service de la patrie

Posté par Télémaque le 2 septembre 2009

Tel était le serment que devaient prononcer les éphèbes (jeunes athéniens) à la fin de leur éphébie, sorte de service militaire :

“Je ne déshonorerai pas les armes sacrées que je porte ; je n'abandonnerai pas mon camarade de combat ; je lutterai pour la défense des sanctuaires et de l'Etat, et je transmettrai à la postérité une patrie non amoindrie, mais plus grande et plus puissante, dans la mesure de mes forces et avec l'aide de tous. J'obéirai aux magistrats, aux lois établies et à celles qui seront dûment instituées ; si quelqu'un veut les renverser, je l'en empêcherai de toutes mes forces et avec l'aide de tous. J'honorerai le culte de mes pères (…)”

Tiré de La Vie quotidienne en Grèce de R. Flacelière

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